L'analyse du fondateur.

 

« L'expérience montre que dans 50 % des cas, la liquidation aurait pu être évitée.

Le chef d'entreprise livré à lui-même, ignore totalement les mécanismes de la procédure et personne n'est en mesure de lui expliquer les points positifs d'une démarche volontariste.

Les experts-comptables (souvent créanciers) ne lui font jamais part, en temps et en heure, de cette opportunité donnée par la Loi de restructurer son entreprise, et lorsqu'elle est évoquée avec son client : il est déjà trop tard.

Les avocats ont souvent du mal à analyser la nature exacte du mal, et prennent pour argent comptant les causes indiquées légitimement ou pas, par le chef d'entreprise (impayés clients, maladie du chef d'entreprise, baisse d'activité conjoncturelle du marché,...) pour expliquer sa défaillance.

Peu armés pour envisager des solutions de sorties honorables, ils préparent psychologiquement leurs clients à la liquidation judiciaire.

Face à des résultats insuffisants qui engendrent des problèmes de trésorerie, le chef d'entreprise qui a épuisé tous les recours financiers possibles (banque, organismes de crédits, famille...) se retrouve dans l'impasse.

Son savoir, sa capacité de travail, sa lucidité sont atteints tous les jours par la situation inextricable dans laquelle il se trouve.

Les appels du banquier qui lui demande tous les jours la couverture du découvert, des échéances et autres prélèvements, et la menace de rejeter des chèques, si ce n'est pas déjà fait.

Le facteur qui inlassablement lui apporte les relances fournisseurs, les lettres recommandées de l'URSSAF et des organismes sociaux, du centre des impôts personnels et enfin les téléphones filaires et portables qui sonnent continuellement pour lui réclamer des sommes qu'il doit.

Tel un malade atteint d'un mal incurable : l'entreprise meurt; elle n'a plus besoin d'un médecin mais d'un chirurgien pour traiter son mal en profondeur en ayant pris soin de faire toutes les analyses nécessaires pour éviter le choc post-opératoire. Vous n'êtes plus conseil en entreprise, vous êtes chirurgien et psychologie.

Vous devez tout savoir de votre patient, le vrai comme le faux, le discret et l'indiscret, avant l'opération, vous devez le mettre complètement nu et vérifier si dans ses poches, il n'a pas oublié quelque chose, lui n'est plus tout à fait conscient de ses faits et gestes.

Ces derniers temps, il aurait même mélangé les traitements. Vous devez trouver les ressources qu'il possède encore pour en tirer le meilleur parti et lui expliquer ce qui va se passer pour qu'il ait la plus grande confiance en vous, de fait, il n'a plus que vous et il le sait. Vous ne devez jamais perdre de vue que les solutions de sortie de la procédure doivent être envisagées avant le dépôt de la D.C.P.

En effet, c'est cette prise de position qui déterminera la stratégie pendant la période d'observation (convalescence).

Dès l'entrée en procédure, (jour de l'opération) la solution préconisée relève quasi du miracle et le patient retrouve ses forces, il est temps de mettre à profit les effets bénéfiques de la procédure : la poursuite de l'activité, le maintien de l'emploi, le gel des dettes, l'arrêt des poursuites individuelles, l'arrêt du cours des intérêts (hors exception légale), la suspension de toutes les pénalités et majorations, la poursuite ou non des contrats en cours.

Cette poursuite d'activité (période post-opératoire), certes encadrée, est dirigée par le chef d'entreprise qui reste maître à bord (même avec un administrateur judiciaire).

C'est bien lui qui va travailler, établir ses devis, vendre sa prestation et réaliser les chantiers en ayant soin d'y apporter la meilleure rentabilité.

Pendant la période d'observation, l'entreprise doit dégager des bénéfices, les factures doivent être payées comptant et les impôts et charges à échéances prévues.

Elle n'a plus droit à l'erreur. C'est aussi le moment de se remettre en question (cure de convalescence), en ayant les coudées un peu plus franches la trésorerie s'étant reconstituée, le chef d'entreprise doit prendre des décisions pour envisager sa stratégie à plus ou moins 8 ans.

Fort de cette nouvelle analyse et des chiffres dégagés, le plan de continuation peut être élaboré. Jusqu'alors imposées par les banquiers, les conditions de « prêts » vont cette fois-ci être choisi par lui et ses conseils.

Il faudra prendre soin de ne pas mettre en péril l'autofinancement de l'entreprise pour les années à venir en voulant se dégager trop vite du règlement de son passif.

Vous avez sauvé un homme mais peut-être aussi un couple, une famille, et l'emploi.

Si le redressement judiciaire possède des contraintes, il est formidable outil pour sauver et restructurer les entreprises.

Il est aussi un moyen, quoiqu'on en dise, pour permettre à des gens de garder la tête haute»

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